Le domaine du Lavardin en Vendomois, Uchronie des Royaumes Renaissants (1451 - ?)
 
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 [Seigneurie] Louy

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LLyr di Maggio
Maistre de céans


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MessageSujet: [Seigneurie] Louy   Mar 5 Jan - 17:44



    Héraldisme
    Fief Seigneurial
    Description du Blason : .
    Ancien nom :
    Devise : -
    Actuel Seigneur :
    Ancien Seigneur : -
    Nom des habitants :
    Seigneuries historiques :
    Seigneuries RR octroyées :


    Généralités historiques
    • Se situait sur la commune de Restigné actuel


    Vestiges préhistoriques et antiques


    Architecture civile


    Architecture sacrée


    Liens divers, Photos


    Sources
    • http://restigne.perso.cegetel.net/patrimoine/npatrimo/louy2.htm


    Nota Bene : * : Notoire - ** : Exceptionnel - IMH : Inscrit Monument Historique - MH : Monument Historique - SI : Site Inscrit - SC : Site Classé


Citation :
Les origines de Louy et celles de Restigné se confondent. L'histoire de l'un est aussi l'histoire de l'autre Il y a de cela bien longtemps, si longtemps que l'on ne sait comment la raconter. Commençons simplement : Il était une fois. Les origines du nom de "Louy" sont décrites par
M. Jean Favier, Directeur des Archives de France.


Il était une fois un pays de landes et de marais, bordé par un grand fleuve. Peuplé de Gaulois qui, ayant vainement tenté de résister à César, s'étaient résignés à la conquête ; on dit que les quelques habitants du pays jouissaient déjà d'une certaine prospérité Une voie romaine traverse la lande ; un pont traverse la Loire. Une villa romaine s'édifie, là où nous nous trouvons. Et le fils des arrières-arrières petits fils de ce Romain/Gaulois, ou de ce Gaulois/Romain - Restinius - règne sur ces lieux. Bientôt, c'est l'église qui lui succède. Par un acte de 861, Charles le Chauve confirmait la possession par la Collégiale Saint Martin de Tours de la colonia de Louy :


Restignacus cum capellis et manso dominicato et factis in quibus habetur colonia quel dicitur locus Partis de Tours un petit matin de printemps de l'an de grâce 862 les plus hauts dignitaires de la collégiale Saint Martin, montés sur des mules harnachées de brocart, arrivèrent aux vêpres à l'ancienne villa de Restinius lors devenue, avec terres et bois, possession de leur ordre, dont la terre de Loué devint Loys, puis Louys et finalement Louy. Que venait faire l'Evêque Herard et l'Abbé séculier Louis, fils de Charles le Chauve, Roi de France et Empereur d'Occident, si loin des enceintes de leur collégiale ? Ils venaient affirmer par leur présence la toute puissance de Dieu et étendre l'autorité de leur ordre par l'établissement d'une nouvelle prévôté, qu'ils désignèrent dans leur livre du nom de Restigniacus. Tous les villages ne naissent pas de la même façon. Ecoutez l'histoire édifiante de la naissance du bourg de la Chapelle Blanche, que l'on pourrait apercevoir des tours de Louy si elles étaient plus hautes.

Adoncques, en l'an 884, on ramenait d'Auxerre les reliques de Saint-Martin, et comme il rentrait dans son diocèse, tous les éclopés, sur sa route, se trouvaient soudainement guéris. Or ce fut une grande épouvante pour deux pauvres paralytiques. Car leur état pitoyable leur valait aumônes et profits. Et ils traînaient une existence geignante, mais oisive, ce qui est, comme on le sait, pour un tourangeau, la béatitude suprême. La guérison redoutée était la ruine de leur rêve. Vite, la béquille sur l'épaule, il s'enfuirent cahin-caha, moitié courant, moitié rampant. Déjà ils apercevaient à l'horizon l'Anjou, et pensaient échapper au Saint. Mais son implacable bonté allait plus vite que leur frayeur. Ils se trouvèrent soudain guéris. Adieu profits ! adieu béquilles ! Ils se mirent à se lamenter..." Pourquoi pleurez-vous, pauvres gens ? - Il faudra travailler pour vivre !"

Cependant ils firent contre mauvaise bonne fortune, bon coeur. Ces miraculés malgré eux, qui, après avoir exploité la maladie, espéraient peut-être exploiter la guérison, se relevèrent consolés. Ils se rendirent à Tours en glorifiant le Seigneur. Et sur le lieu de ce miracle, les bonnes gens édifièrent une chapelle : La Chapelle Blanche.

Mais ces pompes ecclésiastiques contrastent avec les malheurs de ces temps. Pendant le triste siècle de la dissolution Carolingienne on ne voit que brutalités, désordres, dévastations, misères. Les Vikings, dans leurs barques effilées descendent du Nord : ils remontent les fleuves ; ils mettent le pays à feu, à sang et à rançon. Pour dissiper l'ennui le seigneur n'a qu'un plaisir, la guerre. Il guerroy contre ses voisins, ses proches, son suzerain et contre les moines. Les ronces et les épines croissent là où passe son destrier. Pour les âmes simples, ces fléaux n'ont qu'une origine : Satan.


J'ai vu le diable, je l'ai bien vu - par trois fois
Un petit bossu au crâne pointu, à la barbe de bouc,
Aux oreilles velues et aux fesses frémissantes.


Ainsi s'exprime le moine Glaber dans ses chroniques. Comment vit-on alors, hors de la crainte de Dieu et du diable ? Le seigneur habite une grande bâtisse de bois, élevée sur un tertre artificiel, protégé par un fossé et par une palissade. Le paysan partage une cabane grossièrement construite en lattes de bois et en torchis, couverte de chaume, avec ses animaux domestiques, chien et chat.
Le vilain - appelé ainsi, non à cause de sa physionomie, mais parce qu'il habite la villa, travaille la terre de l'aube à la nuit, jours après jours. Le dessin des parcelles n'a pas changé : deux bandes étroites et parallèles, 10 à 20 fois plus longues que larges, s'allongeant les unes à côté des autres pour couvrir une terre de même nature qu'on appelle quartier, climat, canton, triage.

Et la vigne ! Elle est si répandue qu'une seule commune a la distinction de s'appeler Sansvignes. Il y a des vignes jusqu'à Cambrai et Lille. Soyez rassurés, Restigné a aussi ses vignes, il y a donc du vin de Restigné. Mais il n'y a pas encore de Bourgueil ! Bourgueil n'existe pas, du moins sous ce nom. Pauvres Bourgueillois, ils devront attendre encore un siècle avant de pourvoir appeler leur vin par son nom. Pour masquer la rudesse native des crus par trop ingrats, l'on avait l'habitude de mêler au vin du miel, de la cannelle et du coriandre.

Il y avait aussi la Loire :

Que dirons nous que fut la Loire
Avant d'être ce qu'elle est ?
Car vous savez qu'en son histoire
Notre bon Ovide s'en tait.
Fut-ce quelque aimable personne,
Quelque reine, quelque amazone,
Quelque nymphe au coeur de rocher,
Qu'un amant ne sût toucher ?
Laissons là ces métamorphoses,
Et disons ici, s'il vous plait,
Que la Loire était ce qu'elle est
Dès le commencement des choses.

Il en est de l'histoire des villes et des villages comme de l'histoire des hommes "No man is an island, entire of itself". Restigné et Louy ne s'expliquent que par Candes Saint-Martin, les Réaux, Bourgueil, Benais et même le Moyen Orient et le Brabant Wallon.

Le moine Guibert de Gembloux, un an après la mort de Sainte Hildegarde dont il avait commencé à rédiger la vie, voulut faire le pèlerinage de Saint-Martin. Avant de retourner en Brabant, il décida de visiter Candes Saint-Martin. La majesté du site le remplit d'aise. Lorsqu'il s'enquit de la maison et de la chambre où Saint-Martin avait rendu son âme au Seigneur et de la fenêtre par laquelle les clercs de Tours avaient réussi à faire passer le corps du Saint à la barbe des Poitevins, un chanoine lui répondit :"C'est ici, là où vous voyez cette construction neuve pas encore achevée". Cette construction est l'église de Candes.

Le retour de Guilbert en Brabant l'aurait fait passer par Jandrin Jandrenouille, commune voisine de Gembloux. Qui eut pensé que, au XXème siècle, Restigné serait jumelée à Jandrin Jandrenouille ?

En 1250, un vaillant chevalier se distingua à la bataille de Massoure, ville de basse Egypte, défendue par les Mameluks contre les croisés rassemblés sous la bannière de Saint-Louis. Des prodiges de valeur sont accomplis par Hugues, seigneur de Beaucay, de la Motte et de Champigny sur Veudre. Epoux d'Alix de Châtillon, il montre la même ardeur au réduit qu'à la bataille : ils eurent 12 enfants, dont 9 filles.
Hugues de Beaucay est, par les femmes, le fondateur de la dynastie qui régna sur ces lieux pendant plus de trois siècles. La lignée est née du mariage de sa petite-fille, Eustache de Beaugency, avec André de Laval, seigneur de Châtillon, de Louy et de Benais. Leur règne se termine en 1590 à la bataille d'Ivry, avec la mort de Guy de Laval, Marquis de Neele, Comte de Maillé, seigneur de Louy, de Benais, de Rochecorbon et des Ecluses, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi et Capitaine de 50 hommes d'armes. Il commit la faute insigne de mourir sans enfants. Ceci dit, c'était un honnête homme ; d'autres l'étaient moins : ainsi Pierre de Culant et sa compagnie de 200 cavaliers.

Pour arrêter les incursions des Anglais, alors cantonnés à Château du Loir, au Mans, au Lude, et qui rayonnaient sur toute la région, Charles VII avait donné l'ordre à Pierre de Culant d'occuper Bourgueil. Celui-ci vint s'établir dans l'Abbaye avec sa compagnie et y séjourna pendant deux ans et neuf mois. Se trouvant dans l'impossibilité de payer ses soldats et de subvenir à leurs besoins, il les envoya au pillage dans la ville, dans les fermes, dans toutes les paroisses situées entre la Loire et le Loir, depuis Angers jusqu'à Langeais. Ces gens d'armes commirent toutes espèces d'exactions et de vols et se livrèrent aux dernières violences envers les habitants. De son côté, leur chef, remplissant d'une étrange façon la mission de protection que le Roi lui avait donnée, n'oubliait pas ses propres intérêts. Un jour plusieurs détachements anglais, menés par un cultivateur de Brain sur Allonnes, nommé Bidayne, pénétrèrent dans le pays. Après quelques engagements, Pierre de Culant fut contraint de battre en retraite et de s'enfermer dans l'Abbaye, tandis que l'ennemi faisait prisonnier une foule d'habitants de Bourgueil et des villages environnants, et faisait main basse sur tous les bestiaux qui se trouvaient dans les métairies. Peu de temps après, le traître Bidayne tomba aux mains de Pierre et fut pendu. Ainsi se racheta Pierre de Culant, Capitaine, braillard, paillard, pillard, mais soldat du Roi de France, dont les faits d'arme ont inspiré Rabelais.


Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s'éveille Flore
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez les Turcs et le More
C'est le verger du Roi Louis

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensées qu'on ignore,
Dans les tourbillons éperdus,
Voltigent, palpitants encore.
Le soleil levant les dévore
Regardez-les, cieux éblouis,
Danser dans les feux de l'aurore.
C'est le verger du Roi Louis.

Le trésorier de la collégiale Saint-Martin, un certain Niklas, se présente au Prévôt de Restigné le jour de la Saint-Jean de l'an de grâce 1240 afin de soumettre l'état des hommages dus à son ordre, suzerain des terres avoisinantes. Ces deniers, sols et livres ne servent pas seulement à rendre la vie des moines de la collégiale Saint-Martin moins ascétique. Ces moyens matériels, soutenus par une foi simple et vibrante, ont permis la création d'oeuvres humaines dont les vestiges donnent joie et fierté à tous ceux qui ont le privilège de visiter ces lieux.

Les Angevins, bientôt Rois d'Angleterre, apportent tout leur zèle à enrichir leur nouveau domaine. A chaque pas nous rencontrons l'oeuvre accomplie par nos ancêtres communs : Anglais et Angevins. Cet amour de la pierre, des oeuvres inspirées par le Tout Puissant aux saints hommes et saintes femmes au service du Christ, caractérise le Moyen Age. Richard Coeur de Lion l'exprime avec ferveur:
"Je sais qu'au moment d'expier mes fautes, je ne pourrai que très difficilement échapper aux peines de l'enfer, sauf la miséricorde de Dieu, et grâce aux prières des servantes-esclaves du Christ, à Fontevraud, que de mon vivant j'ai beaucoup aimées. A présent, en mourant, je m'abandonne à elles. C'est pourquoi, moi, pauvre de tout, je vous ordonne de porter là mon corps, et malgré mon indignité, de le déposer aux pieds de mon père."
Son père, Henri II, écrivit sa propre épitaphe :

J'étais le Roi Henry
J'ai conquis maints royaumes, possédé duchés et comtés :
Les pays du monde entier ne m'eussent point rassasié.
Aujourd'hui, huit pieds de terre pour moi c'est assez.
Toi qui lis ces mots, vois le changement,
Encore ne suis-je là qu'un exemple.
Jadis l'univers m'était trop petit, maintenant ce tombeau me suffit.
Place bien grande pour moi qui tins bien grande place.

Que grâce soit rendue aux bâtisseurs de l'église de Restigné, de celle de Bourgueil, de Candé et de Fontevraud, chefs d'oeuvre de l'art Plantagenet. Il nous faut rappeler que nous sommes alors en Anjou ; la frontière de la Touraine s'arrêtait à 500 mères de Louy, à Ingrandes ou Ayguerande, du Gaulois latinisé Equo-randa ou juste limite. Mes ancêtres anglais ont quitté l'Anjou il y a 600 ans. N'y tenant plus je reviens en "Touraine Angevine"; comme du Bellay pendant cette absence, j'ai rêvé...
"Je regrette les bois, et les champs blondissants ; les vignes, les jardins et les prés verdissants que mon fleuve traverse..."

Fermons le Moyen Age et laissons là sa forte et âpre histoire. Laissons là aussi les Rois et les grands et faisons chanter les poètes. Pierre de Ronsard (Perrot) et Antoine de Baïf (Thoinet) racontent leur périple à travers Touraine et Anjou pour aller voir leurs mies Marion et Francine. Ainsi déambulant ils passèrent par Beaumont la Ronce, Saint Cosme.
Arrivant à la Loire, ils voient Marion de loin :

Quand j'avise sa mère en haste gagner l'eau,
Et sa fille emmener avec elle en bateau
Déjà les rames tiroient le bateau bien pansu,
Et la voile en enflant son grand reply bossu
Emportois le plaisir qui mon coeur tient en peine.

Il se lamente du départ de Marion, mais lui souhaite bon vent.

On dit au temps passé que quelques uns changèrent
En rivière leur forme, et eux-mêmes nagèrent
Au flot qui leur sang goutte à goutte sailloit,
Quand leur corps transformé en eau se distilloit,
Que ne puis-je envier ma ressemblance humaine
En la forme de l'eau qui cette barque emmène ?
J'irois tout alentour, et mon amoureuse eau
Baiseroit ou sa main, ou sa bouche franche,
La suivant jusqu'au port de la Chapelle Blanche
Puis laissant son canal pour jouir de mon veuil,
Par le trac de ses pas j'irois jusqu'à Bourgueil,
Et là, dessous un pin, couché sur la verdure,
Je voudrais revêtir ma première figure.
Je veux jusqu'au coude avoir l'herbe, et je veux
De roses et de lys couronner mes cheveux.
Je veux qu'on me défonce une pipe angevine.
Et en me souvenant de ma toute divine,
De toy, mon doux soucy, espuiser jusqu'au fond
Mille foy ce jourd'hui mon gobelet profond,
Et ne partir d'icy jusqu'à tant qu'à la lie
De ce bon vin d'Anjou la liqueur soit faillie.

Le 24 août 1598, le noble homme Nicolas Tergat, sieur de Louy, et son épouse Dame Madeleine de Buisseau portent leur fils Mathieu sur les fonds baptismaux en l'église Saint-Martin de Restigné. Successeur de la longue lignée des seigneurs de Louy pendant près de trois siècles, Nicolas fait raser les tours médiévales du siège de l'ancien fief et construire un nouveau château. Il a scruté prudemment les mémoires dressés par maçons, charpentiers et couvreurs, avant de s'engager dans une telle dépense.

"Pour la toise de mur de trois pieds d'épaisseur, faut les deux tiers d'un poinçon de chaux, peu moins, avec quatre tombereaux de sable, et sept moillons ou blocages, peu moins."
Pour faire le pavé des salles, chambres et garderobes, de quarreaux de quatre pouces et demi de long et six pouces de large : le millier d'icelles sera trois toises de couverture.
Le millier d'ardoises d'Angers, fait quatre toises et demi de couverture. Au millier d'ardoises, faut un cent et demi de lattes voliges. A chacune ardoise deux clous, et quelque fois trois."

Ainsi s'éleva le château Louy.

Louy - nain parmi les géants que sont Chambord, Villandry, Azay, Ussé - n'en est pas moins un exemple du génie architectural des XVIème et XVIIème siècles, par son équilibre, sa sobriété, son asymétrie savamment conçue. Pour ces raisons, Louy est inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques. Les châteaux de ce val, petits et grands, s'ajoutent au charme du paysage. On peut deviner quel spectacle s'était alors : beautés des avenues bien alignées, des fontaines jaillissantes, des jardins épanouis... Une nombreuse aristocratie, entourée de serviteurs, de pages, de poètes, y menait une existence élégante et cultivée, qui donna toute sa saveur à l'art de vivre de cette province :

"Tourangeaux, Angevins
Bons fruits, bons esprits, bons vins."

Tel était Louis Tabureau, seigneur de Louy, Conseiller et Secrétaire du Roi, qui en 1700 agrandit ses domaines en achetant la terre des Réaux, à la mort de Gédéon Talemant, descendant de l'auteur des Historiettes. Cet achat lui donna droit de chauffage et de pâturage dans la forêt de Bourgueil ; en échange il devait foi et hommage simple à l'Abbé de Bourgueil. Il n'est pas le seul seigneur à devoir ainsi hommage au riche clergé de ce temps. De beaucoup plus grands, tel le Duc de Luynes et de Chevreuse, seigneur de Saint-Michel sur Loire, s'inclinent devant la bure ou l'étole.

Guillaume Guédier, Sous-doyen de l'église de Saint-Martin de Tours, seigneur de la Philberdière, Platterie, Beauregard, le Marais, Mairerie de Restigné, d'Auchamps et des Trois Veaux, reçoit hommage du Duc de Luyne contre le droit de chasse "défendable à quelques bestes que ce soit, la poursuite des bestes rousses à pieds fourchus et autres, par tous les bois, terres et étangs des Trois Veaux.
Le fils de notre Tabureau, Jacques, Mathurin, écuyer, seigneur d'Orval, Basse Rivière et autres lieux, Avocat au Parlement, Conseiller du Roi, Trésorier Général des bâtiments de sa Majesté, vend le Château Louy, devant Notaire le 11 décembre 1752. L'acquéreur en est Madame Le Breton qui épouse en seconde noce Charles François de la Fontaine de Follin, Chevalier, seigneur de Bourval, qui ajoute "et de Louy" à son nom. Le souvenir de ces noces est gravé dans une pierre, fichée dans le mur d'enceinte de Louy. Veuve pour la deuxième fois, Madame de Follin comparait par fondé de pouvoir à l'Assemblée électorale de la noblesse de Touraine en 1789.

Madame de Folllin ne fut inquiétée ni dans sa vie ni dans ses biens par la révolution. J'aime à penser que cette mansuétude populaire est due à la fois à l'esprit éclairé et aux idées de progrès de Madame de Follin et au manque d'appétit sanguinaire des bons et paisibles habitants du jardin de la France. Elle mourut dans son lit le huit floréal de l'an trois, léguant Louy à sa seconde fille Adelaïde, Magdeleine, Cécile, épouse de Monsieur Louis Aubin, qui ajouté aussitôt "de Louy" à son nom (chers amis, pour respecter la tradition du domaine, je vous prierai de m'appeler désormais Monsieur Luff de Louy). M. Louis Aubin de Louy fut maire de Restigné en 1815. Révolutions, incursions vendéennes, guerres napoléoniennes, la bourrasque passée, la Touraine redevint ce qu'elle a souvent été, la plus calme province de France. C'est alors que le Canton de Bourgueil acquis sa célébrité par ses cultures rares et variées - chanvre, coriandre, réglisse, anis - et surtout par son vignoble, l'un des plus riches de la région.

En 1857, cent ans après les secondes noces de Madame de Follin, son dernier descendant s'éteignit dans le célibat et Louis, privé de vrais maîtres, s'éteignit lui aussi. En 1911, Monsieur Thauraux, Maire de Restigné et marchand de grain, acheta le Château Louy, qui dépérissait, pour lui servir de grenier à graines. Il fit immédiatement refaire le toit et ainsi sauva Louy de la ruine. En 1976 nous découvrons Louy, volets fermés et pendants, toit en mauvais état, encore grenier à graines et, sans hésiter, nous l'achetons. Aujourd'hui les volets sont à nouveau ouverts, l'austère vieille dame s'est remise à sourire, des cris et des rires d'enfants résonnent de la cave au grenier.

Louy revit.


Restigné, septembre 2004
Edmund Luff


Sources :
La Touraine, Henri Guerlain
Carré de Busseroles - 3 volumes
Bulletin de la Société archéologique de Touraine : 1863, 1974, 1876
Histoire de Touraine - Chalmel
La Touraine à travers les âges - Louis Dumont
Dictionnaire de la Noblesse


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Avatar(c)(t)(r) 2006-Fay'Raya
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